Mein Nein

Publié le par houda zekri

Mein nein !!

 

 

Mein : Je me demande si je peux résister à la torture.

 

Nein : Tu n’arrives mêmes pas à sauter un repas. Une gifle suffirait à te faire avouer n’importe quel crime.

 

Mein : Mais je n’ai commis aucun crime !

 

Nein : Justement, la torture sert à te faire endosser le crime des autres.

 

Mein : Et si personne n’a commis de crime...

 

Nein : Tu m’agaces avec ta masturbation cérébrale, tu me fais chier, personne ne va te torturer, tu vis dans un pays démocratique où la torture est interdite par la loi. La peine de mort aussi.

 

Mein : Ça veut rien dire « démocratique », et s’il y avait une troisième guerre mondiale et si Hitler revenait et si Sarkozy disjonctait et si Berlusconi pétait un câble et si Poutine fabriquait des films autobiographiques et si....

 

Nein : Arrête avec tes « si », tu me donnes le vertige.

 

Mein : Moi aussi j’ai le vertige. J’ai peur de mourir, j’ai peur de sauter sur une mine...

 

Nein : Nous avons tous peur de mourir. Tu es morbide ce soir, tu me fous les jetons, tu lis quoi en ce moment ?

 

Mein : « Mein Kampf ». Hitler l’a écrit en prison, après son putsch raté...

 

Nein : C’est quoi ce machin ? Encore une de tes théories philosophiques ?

 

Mein : « Mon combat » !

Nein : Ton combat ?

 

Mein : Nein, Mein kampf !!

 

Nein : Tu parles allemand maintenant ?

 

Mein : Ce que t’es bornée, c’est la traduction du livre écrit par Hitler et qui s’intitule « Mon combat ».

 

Nein : Hum, c’est normal alors que tu parles comme ça.

 

Mein : J’ai toujours parlé comme ça.

 

Nein : Justement, tu en deviens lourde, insoutenablement lourde. A force d’être sérieuse, tu en deviens ridicule, voire comique.

 

Mein : Je ne vais pas me mettre à lire Barbara Cartland, uniquement pour te faire plaisir !

 

Nein : Pourquoi pas, tu retrouveras peut-être ton sens de l’humour et tu arrêteras de penser aux fusillés, aux résistants et aux suicidaires de tout bord.

 

Mein : Je veux penser à la mort. Je veux penser à ceux qui sont morts ans avoir laissé de trace...

 

Nein : Pense ! Tu N’as que ce mot à la bouche, pense et oublie de vivre, oublie de savourer chaque instant qui passe, oublie d’aimer, oublie de partager, oublie que tu es une femme, oublie que tu peux dire « oui », juste parce que ça te fait plaisir, Pense, moi je vis, moi, je secrète, je sue, je pue, je transpire, je respire. Pense ! Torture-toi l’esprit puisque nul n’a encore songé à te torturer le corps, châtie-toi, paye pour les autres et paye pour les crimes qui ne n’ont pas encore été commis...

 

Mein : Assez ! Arrête de m’accabler ! Je veux savoir qui je suis, jusqu’où je peux aller, quelles sont mes limites...

Nein : Tu veux connaître tes limites, eh bien je vais te les monter moi, tu n’es rien, tu n’es capable de rien, tu es frêle comme un roseau, tu parles, tu parles, mais tu n’agis pas, ton destin est ordinaire, morte, personne ne se souviendra de cette fille qui aimait dire « non » à tout, de cette fille qui n’avait jamais rien à fêter, comme un grain de sel, tu te dissoudras dans tes larmes...

 

Mein : Tu es dure avec moi.

 

Nein : Tu es dure avec toi-même. Tu veux être une héroïne, mais tu es juste une femme...

 

Mein : Non, je suis un humain, je suis mémoire, je suis mémoire de ceux qui font exprès d’oublier, je lutte contre les fabriqueurs de l’histoire et les enjoliveurs propagandistes.

 

Nein : Tu es. Juste, tu es. Ça suffit, non ?

 

Mein : Nein, Mon combat est plus grand, je veux changer la face du monde !

 

Nein : Commence par te regarder dans une glace, commence par te coiffer, commence par apprendre à dire « bonjour », « merci », « au revoir »...

 

Mein : « Bonjour » : une formule idiote pour consciences assoupies, « merci » : une réplique hypocrite pour béni oui-oui, « au revoir » : une lâcheté irrépressible pour raseurs de murs blafards.

 

Nein : Je sors, tu m’accompagnes, je vais voir Rudolphe ?

 

Mein : Non, tu te le gardes ton Adolphe. L’éternel retour, c’est pas pour moi !

 

Houda ZEKRI

18 févr.-2008

Publié dans théâtre

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