6.05 Psychose

Publié le par houda zekri

6.05 Psychose[1]

 

 

-         Quelle horreur, j’en tremble, je vacille, je ne tiens plus en place, je me meurs, je m’enterre, je regarde mon cadavre de loin, c’est fini, c’est fini, il n’ y a plus rien à espérer.

-         Arrête d’être pessimiste, estime-toi heureux, tu peux encore souffrir, tu peux encore réfléchir, tu peux encore regarder les autres mourir, de soif, de faim, d’injustice, estime-toi heureux, tu es encore spectateur…

-         J’ai horreur des spectacles, surtout lorsqu’ils sont bien réels, irrévocables, inchangeables, j’ai horreur des batailles, des arènes, des flèches qui sifflent, des balles qui transpercent, des mots qui explosent, des langues qui se délient, des chiens qui aboient et qui réclament leur part du gâteau, j’ai horreur de moi, j’ai…

-         Où vois-tu des combats, ce ne sont que des jeux, ce ne sont que des tirades, des monologues ratés, des dialogues de sourds, des quiproquos, des jeux ,je te dis, ce n’est rien , ne t’affole donc pas, mange ta glace, elle va fondre…

-         Depuis l’annonce des résultas je n’ai plus d’appétit, je maigris à vue d’œil, j’ai des coliques, je souffre beaucoup de ne rien pouvoir changer, je suis impuissant, face au fatum je suis tellement petit.

-         Il faut l’admettre, ta grandeur ne m’impressionne guère, tu frôles le nanisme.

-         Et toi donc, donneur de leçons, toi qui dis avoir oublié ;

-         Effectivement la chose m’a échappé, j’ai d’autres problèmes, tu sais, je suis un homme d’affaires, un entrepreneur, j’ai une P.M.E qui souffre, une femme -docteur qui demande beaucoup de soins ainsi qu’une fille et un garçon inscrits à Henri IV…

-         Tout un programme en effet, et qui en plus respecte la parité, mais tu n’es pas excusable, comment oublier une telle chose ? Comment peux-tu te permettre un tel luxe, alors que tu sais que ton oubli sera le châtiment de milliers de malheureux comme moi, de milliers de miséreux… Et les tentes sur le canal, tu les as oubliées aussi ?

-         Je suis amnésique par moments, généralement quand cela m’arrange, arrête de me poser des questions, arrête de me juger, tu me fais peur, tu commences à leur ressembler, regarde-toi, contemple ta déchéance, cela fait déjà deux jours que tu ne t’es pas rasé, cela fait deux jours que tu n’as pas pris de douche, cela fait deux jours que…

-         Cela fait deux jours qu’il a pris un énième bain de foule, cela ne l’empêche pas de suer, de gesticuler, de sourire, de médire, de prédire un avenir radieux pour tout le monde, cela fait deux jours qu’il dissout, deux jours qu’il renvoie, deux jours qu’il expulse, et ce n’est là qu’un début…

-         C’est un bon début, pour un homme de cette taille, on ne peut prétendre que son physique lui a été d’un quelconque secours, il a le verbe haut, les oreilles bien dressées et le regard perçant, il peut se faufiler partout.

-         Même entre les plus petits interstices, il paraît qu’il a même le don de lire dans la pensée de ceux qui ne l’aiment pas, j’ai peur, je vais partir, je prends une année sabbatique, une autre année sabbatique, une autre et encore une autre, et il ne me restera ainsi qu’une seule année de calvaire à passer !!

-         Où comptes-tu aller, les frontières de notre beau pays sont fermées, quoique c’est plus facile d’en sortir que d’y pénétrer, moi, je vais travailler plus pour gagner plus, je suis un patriote et je suis pour le mérite, mes parents ont mérité leur fortune, et je dois être à la hauteur de mon héritage. Oh, lala, tu transpires de plus en plus, éponge-toi le front au moins, marche droit, tu fais honte à la France, apprends à te lever tôt et arrête de te plaindre.

-         Je ne te reconnais plus mon ami, mon frère, mon alter ego, je ne te suis plus.

-         Et tu resteras loin derrière le peloton, très loin, tu ne pourras plus nous rattraper.

-         Je ne demande pas à vous rattraper.

-         Tant pis pour toi, nous sommes soixante millions et tu es seul, abandonne, toi aussi tu as voté en deux - mille- deux, abandonne, tu es entrain de fondre comme ta glace et tes principes avec toi, abandonne, tu es déjà condamné, c’est génétique.

-         Tais-toi, ne t’approche pas de moi, ne me touche pas, je ne veux pas respirer le même air que toi, non, ne me contamine pas…

-         Il fallait y réfléchir auparavant, regarde cette falaise qui surplombe le paysage, regarde cette vue panoramique, fais ce que tu as faire, de toutes les façons, c’est inscrit dans tes chromosomes, tu es suicidaire, estime-toi heureux tu n’as pas le gène de la pédophile…

-         Je ne peux continuer, tu me dégoûtes, vous me dégoûtez tous, je m’en vais, je retourne à la terre, je respire déjà la poussière, nous sommes le 8 mai 2007,il est exactement vingt heures, je décide de mettre fin à mes jours, la République devient insupportable et l’homo-gesticulatus est aux commandes.

-         Bon débarras, ne resteront que les plus riches, ne resteront que les plus forts, ne resteront que les plus productifs, ne resteront que les hommes jeunes et vigoureux, ne resteront que les patriotes, ne restera que lui, c’est pas mal, non ???

Houda ZEKRI

Le 27avril 2007-04-27

 



[1] En référence à la pièce de Sarah KANE, 4.48 Psychose

Publié dans Fiction politique

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