Le Coucher

Publié le par houda zekri

Le coucher

 

Monsieur et Madame regardent la télévision, quand tout à coup Madame dit:

 

Elle: Je suis fatiguée et il se fait tard, je crois que je vais aller me coucher.

Lui: Tu regardes pas la fin du film? Je crois qu'ils vont finir par se lasser, elle va le quitter pour un petit jeune poilu et bien musclé...

Elle: Ça au moins, ça à l'air de bien t'inspirer... (Elle baille) Je tombe de fatigue.

Lui: c'est ça, va te coucher. N'oublie pas de changer ma taie d'oreiller. En ce moment, je ne sais vraiment pas ce qui se passe, je transpire comme une vache hollandaise, mes pores sont tellement dilatés...

Elle: Dis plutôt que tu ronfles comme un tracteur!

Lui: Ça ta jamais empêché de dormir. Ton sommeil est de plomb...

 

(Elle se rend dans la cuisine. Commence alors, un remue-ménage infernal. Elle fait tomber la carafe en cristal qu'il lui avait offert pour leur dixième anniversaire de mariage. Il s'amène en traînant ses pantoufles.)

 

Lui: Qu'est ce que tu as encore fait?? Tu as le don de tout casser!

Elle: Et toi le don de me casser, moi, avec tes remarques à deux sous, toi, le ventripotent, le moustachu, le barbu. T'as pas remarqué, t'as toujours des miettes de pain qui traînent parmi tes poils, ça peut être dégoutant, tu sais??

Lui: Ça va, ne sois pas désagréable. T'avais dit que tu allais te coucher...

Elle: J'ai changé d'avis. Si je me couche tout de suite, qui va préparer les petits-déjeuners pour demain?

Lui: Tu n'as qu'à te réveiller à sept heures moins dix au lieu de sept heures, t'auras alors largement le temps pour nous préparer un petit-déjeuner copieux avec du miel, de la margarine, des oligo-éléments, des protéines... Oui, pourquoi pas une omelette flambée par exemple...

 

(Elle se met à rincer tous les bols de pop-corn.)

 

-Lui: Laisse-ça, va dormir. Elise s'en occupera demain.

 

(Elle sort la viande du congélateur pour le souper du lendemain.)

Elle: Est ce que tu peux vérifier s'il reste des céréales?

Lui: (Moqueur) A tes ordres chef! On dirait une petite fourmi rouge, t'as l'âme stakhanoviste, elle doit être grise ton âme, de l'intérieur...

Elle: Occupe-toi de la tienne, elle doit être carbonisée, et à  l'intérieur et à l'extérieur. Remplis la boîte à sucre.

Lui: Je ne sais pas où se trouve le sucre...

Elle: Cherche! Ce que tu peux être i-n-e-f-f-i-c-a-c-e! Un vrai boulet! Mets au moins, les cuillères et les bols sur la table!

Lui: Je suis fatigué chérie, je crois que je vais aller me mater la fin du film...

 

(Elle le regarde. Ses yeux transpirent la colère.)

 

Lui: Bon, je prépare le café avant. Mais quand même tu exagères. Ne tarde pas, demain, t'auras dix minutes de sommeil en moins...

 

(Il sort. Elle est prise par une frénésie ménagère irrépressible. Elle met le linge dans le sèche-linge, met une autre brassée dans la machine à laver,  vide les paniers de linge et étend les serviettes pour les faire sécher. Il revient.)

 

Lui: Encore là. Ils ont fini par se réconcilier.

Elle: (En baillant et en s'étirant) Qui ça?

Lui: Dans le film. Va dormir, tu finiras ratatinée comme une figue, je te le dis moi. Je vais regarder les infos, histoire de savoir ce qui se passe dans le monde, autour de nous.

 

(Elle se dirige vers la chambre à coucher, elle s'arrête près du bureau, écrit une note au professeur de sa fille, ramasse un livre de classe qui traînait sous la chaise, puis se rend dans la salle de bains, s'applique de la crème, sur le visage, brosse ses dents puis se fait les ongles.)

 

Lui: Je croyais  que tu allais te coucher! (Il lève les yeux au ciel et hoche la tête en signe d'incompréhension.)

Elle: J'y vais, j'y vais. (Au lieu d'aller se coucher, elle remplit le bol du chien, met le chat dehors et s'assure que les portes sont bien fermées.)

Lui: Tu t'agites tellement que j'ai décidé d'éteindre la télé. Moi aussi je vais me coucher. (Il va éteindre le poste.)

 

(Une fois dans la chambre, elle programme l'alarme de son réveil, sort ses vêtements  et prend un bouquin, elle s'apprête à s'affaler sur le lit quand surgit son homme.)

 

Lui: (s'assoit avec une délicatesse exagérée sur le lit.) Ah les femmes, toujours long le pomponnage, même avant de se coucher. Faudrait vous donner un cours sur l'efficacité!

 

(Il baille, jette ses chaussettes après les avoir roulées en boule et se couche l'esprit en paix, heureux d'être un homme.)

 

Lui: hhhhhhhh! Ahhhhh! Hhhhhhhh! Ahhh!

Elle: Chéri, tu ronfles...

 

 

 

Publié dans théâtre

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