La Création entre Etiologie et Eschatologie, de la Torah au Coran (III)

Publié le par houda zekri

  a/ Petit topo étymologique et linguistique :

 

Il est à noter qu’un être humain, aussi bien en hébreu (Adām[28]) qu’en arabe (Ādam) est appelé Adam, et symbolise, en particulier, le premier homme créé par Dieu, dans l’Eden des premiers temps.

Adām et Ādam proviennent respectivement de Adama (terre/sol) et de ’Adīm (surface de la terre), quant à l’adjectif ’adōm en hébreu il signifie « rouge », et ce n’est là qu’un premier indice que nous livre le texte ; car en effet, l’homme, selon les deux textes, avant que Dieu ne lui insuffle la vie, et avant qu’il ne lui transmette un peu de lui-même, avait été façonné d’argile « rouge ».

L’homme est aussi appelé ’Insān dans le Qur’ān par opposition à Jān (Satan/ Le Diable), et il est appelé ’īš dans la Bible, en effet le nūn de la deuxième radicale a chuté comme cela peut avoir lieu dans les langues sémitiques, quant au sīn, nous savons qu’il est tout à fait permutable avec le šīn. Et si l’arabe forme son féminin, en rajoutant le ’ final- marque du féminin, l’hébreu quant à lui, suffixe le à ’īš, en le faisant précéder d’un qamatś (marque aussi du féminin en hébreu), et c’est Adam lui-même qui a nommé la femme ainsi, puisqu’elle était « un membre extrait de ses membres et une chair de sa chair »[29].

Le prénom Ĥawa qui signifie vivante, n’es pas cité une seule fois dans le Qur’ān, il n’est cité que dans des ĥadīŧ.

                 b/ Les deux récits de la Création dans la Genèse

Si la tradition hébraïque et évangélique, attribuait à Moïse la rédaction des cinq livres du Pentateuque (ĥumāš en hébreu), nous savons aujourd’hui que les récits de la Genèse (Bé-réšīt, littéralement ; au commencement), procèdent de plusieurs sources différentes :

« La première, dite source sacerdotale, est la plus tardive. Elle Est à l’origine du premier récit de la Création, qui dut être rédigé vers le VIe siècle avant J-C, par un collège de prêtres. Précise, voire minutieuse, soucieuse avant tout de cohérence et de logique, elle décompose et analyse l’œuvre divine en six « jours » ou six créations successives.[30] »

« La seconde source est dite yahviste, parce que Dieu y est nommé Yahvé, est la plus ancienne et a inspiré le second récit de la création. Plus vivante, plus pittoresque, voire naïve.[31] »

 

                             ¤ Le récit sacerdotal :

Le premier récit s’étend du premier chapitre de la Genèse (verset premier) jusqu’au second chapitre, quatrième verset : « Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés ; à l’époque où l’Eternel- Dieu fit une terre et un ciel[32] »

La création dans ce récit, n’est que Verbe, elle n’est que parole, Dieu ordonne, à chaque fois, aux éléments d’exister, et ils finissent par exister, en effet, le verbe « dire [33]» est répété dix fois,à travers ces quelques versets, il est à chaque fois, précédé du wāw conversif et conjugué à l’inaccompli (mais il prend la valeur d’une action qui a lieu dans le passé), et devient alors parole magique, formule abracadabrantesque, qui sert à réaliser les moindres souhaits de Dieu.

Mais la Création n’est pas qu’ordre, elle ne se contente pas d’être « Un Verbe » conjugué à l’impératif, les choses pou exister, doivent être nommées[34], et c’est pour cela que le verbe « nommer [35]», quant à lui, est cité cinq fois, sur une trentaine de versets, il est lui aussi, précédé du wāw conversif et conjugué à l’inaccompli. Comme si nommer les choses, les rendait apprivoisables, plus domptables, comme si la « désignation » était une deuxième étape de l’acte créatif.

La troisième étape, encore une fois, passe par la parole, car qu’est ce qu’une bénédiction (bréħah), si ce n’est un vœu, un souhait, une parole bénéfique, lancée, prononcée, dans l’espoir de se concrétiser, de se réaliser, et quand c’est Dieu, lui-même, qui bénit, la bénédiction devient alors, Réalisation et Concrétisation. D’ailleurs ce récit, comporte trois bénédictions ; la première est adressée aux animaux qui peuplent le Ciel et les mers, la deuxième est adressé à l’homme et à sa compagne, la troisième quant à elle, est bien particulière, car elle consiste en la bénédiction du septième jour de la Création, où Dieu, satisfait de son œuvre a décidé de se reposer. Ella donc valeur de sanctification.

Les deux premières, montrent en quoi consistent ces bénédictions, qui se présentent alors, sous forme de verbes conjugués à l’impératif, les mêmes pour les animaux et pour l’homme ; « Croissez et multipliez[36] ».

La création de l’homme, à « l’image de Dieu », se fait précisément, au sixième jour, après la création « des bêtes sauvages destinées à peupler la terre ». Elle s’étale, étrangement sur le verset vingt six et vingt sept ; dans le premier verset, c’est Dieu lui-même, qui parle de son acte, dans le second, les actions sont décrites à la troisième personne du singulier.

Le verset vingt six ne parle que de la création d’Adam, le vingt septième, quant à lui parle de la création du « mâle » et de la « femelle » au même temps.

 

Verset 27

Verset 26

אֱלֺהִים

אֱלֺהִים

וַיִבְרָא

נַעֲשֶה

אָדָם

אָדָם

אֱלֺהִים צֶלֶמצַלְםוֹ

בְצַלְמֵנוּ תֵנכִדְמ

בָרָא

 

 

¤ Le récit Yahviste :

Le récit yahviste commence au deuxième chapitre de la Genèse, verset cinq ; « Or, aucun produit des champs ne paraissait encore sur la terre, et aucune herbe des champs ne poussait encore ; car l’Eternel- Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et d’homme, il n’y en avait point pour cultiver la terre ».

Pour une deuxième fois, nous allons découvrir les détails de la création de l’être humain, en effet le deuxième récit nous décrit le processus de la création d’Adam.

Le verbe « former, façonner[37] » (ya śā) remplace ici le verbe « créer[38] » (barā’), et Dieu alors, devient un potier géant, qui puise dans une matière pré- existante ; la terre « humectée » pour fabriquer cette figurine, qu’est Al-’insān.

D’ores et déjà, nous apprenons la futilité et la fragilité de cet être crée de « poussière » (‘afār), qui n’est rien qu’une graine, parmi tant d’autres.

D’ailleurs selon la conception des Anciens, dans l’Antiquité, la terre, qui constituait l’un des quatre éléments de la physis (avec l’eau, le feu et l’air), était regardée comme une matière moins noble que le feu, qui parce qu’il était plus léger que cette dernière, et à cause de sa tendance spontanée à l’élévation, de sa présence dans le ciel, était considéré comme matière céleste[39]. Il est aussi à noter que le feu symbolise dans les religions, aussi bien le châtiment (l’Enfer), mais aussi la pureté.

 

                 c/ La Création au fil du Qur’ān :

La Création est appelée ħalq dans le Qur’ān, et cette racine trilitère ; « ħ. l.q », déclinée sur toutes les formes verbales et syntaxiques, se répète au moins une centaine de fois dans le texte.

D’abord Dieu se présente comme étant le créateur des sept cieux et de la terre, cet acte est d’ailleurs rappelé à chaque fois qu’Allāh, veut attirer l’attention de l’homme, le pécheur perpétuel, sur ses bienfaits, comme si face à tant de don, tant de générosité, la créature, ne pouvait qu’obéir et appliquer les préceptes et les commandements de celui qui lui a donné la vie.

Dans le Qur’ān, aussi, la création est Verbe, Al-Bārī, dit à la chose : « Sois ! et elle est »

Là aussi, « Allāh tire le monde des eaux primordiales, qui constituent l’unique matière existante, avant la Création, des eaux qui sont une réalité vivante, et non une matière inerte car elles bougent, elles frissonnent, elles tressaillent[40] » à la première voix d’Ar-rabb. « Choses et êtres surgissent de ces eaux, à l’appel de leur Créateur comme si, de toute éternité, ils n’avaient attendu que cette voix[41] » pour les tirer de leur sommeil.

« Pour contenir cette eau, Allāh créa d’abord le vent et, au dessus de l’eau, porté par les ailes du vent nouvellement surgi, le Trône[42] primordial, qui flotte dans l’espace infini des débuts du monde[43] ». Trône qui est en fait, « un univers en miniature[44] », et qui « contient l’image de tout ce qu’Allāh, créera par la suite, et il est si vaste, qu’un oiseau rapide devrait voler quatre-vingt mille ans pour aller d’un pilier à l’autre [45]».

D’ailleurs la sourate vingt et un, celle des Prophètes (Al-’Anbiyā’) illustre magnifiquement bien, cette puissance créatrice : « Les Incroyants n’ont-ils pas vu que les Cieux et la terre constituaient un seul et même amas, et que nous les avons séparés, et que de l’eau, nous avons crée toute chose vivante ? Ne croiront-ils pas » (30) « Nous avons posé des monts sur la terre, afin qu’elle ne vacille pas sous leurs pieds, et laissé des passages pour cheminer, peut-être s’y guideront-ils » (31) « Nous avons fait des Cieux un toit préservant, mais cette preuve, ils n’y croient pas » (32) « C’est lui le Créateur de la nuit et du jour, du soleil et de la lune, chacun gravitant selon son orbite (33)[46] ».

                           

Publié dans philosphiquement autre

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