La Création entre Etiologie et Eschatologie, de la Torah au Coran (IV)

Publié le par houda zekri

  ¤ La Création dans Al- Qur’ān, un récit éparpillé

Si la Bible ne parle de la Création que dans la Genèse et le Livre de Job, Al- Qur’ān quant à lui, est parsemé de récits épars sur la Création, et qui s’étalent à peine sur quelques versets, certains sont mêmes répétés à la lettre, sur plusieurs suwar[47], parfois ils sont à peine changés, ils sont souvent introduits par des questions rhétoriques, où Dieu cherche à rappeler aux incroyants et aux mécréants, ainsi qu’aux apostats, ses bienfaits de Créateur, comme c’est le cas, dans sūrat « ’Ibrāhīm »(XIV), verset 19, où Dieu dit « N’avez-vous donc pas vu que Dieu avait crée les Cieux et la terre, s’il le veut, il peut vous anéantir et vous remplacer par des créatures nouvelles », ou bien encore sūrat « Al-’Isrā ’ » (XVII, Le Voyage Nocturne), verset 99 ; « Ne voient-ils pas que le Dieu qui a créé les Cieux et la Terre, est capable de créer d’autres semblables à eux ? »

La durée de la création s’étale sur six jours, mais ses étapes ne sont pas bien définies, comme c’est le cas du récit sacerdotal de la Torā.

Voici donc à travers quelques versets disséminés le détail de cette oeuvre fulgurante et grandiose : « Votre Dieu, celui qui a crée les Cieux et la Terre, en six jours, celui qui est monté sur son Trône, couvre le jour, du voile de la nuit[48] », mais aussi : « Lui qui créa les Cieux et la Terre en six jours, lui dont le Trône est sur l’eau pour vous éprouver (…)[49] ».

D’autres sont un véritable hommage à la gloire de Dieu, ils sont foisonnants en détails savoureux et bien imagés, de cet Eternel, qui commande au sept Cieux et à la terre : « Vous ne croyez pas en celui qui a créé la Terre en deux jours, vous lui trouvez des égaux, lui, le Seigneur de l’Univers » (9) « Lui qui l’a appuyée de monts solides, et l’a bénie, lui qui, en quatre jours égaux l’a rendue nourricière, voilà la réponse à ceux qui te questionnent [à mon sujet] »(10) « Lui qui a pris les Cieux vaporeux pour demeure, lui qui a dit à la voûte céleste et à la terre, venez vers moi, de gré ou de force, et elles dirent ; vers toi nous venons obéissantes »(11) « Il créa les sept Cieux en deux jours, et assigna à chacun son rôle, quant au premier, de luminaires, il l’orna(…) »(12)[50]

La Création de l’homme est elle aussi disséminée « parcimonieusement », à travers tout le texte. Nous tenterons d’aborder cet aspect, dans les autres parties de notre exposé.

 

     1/Après l’Homme, la Femme :

Dieu créa l’homme, après avoir créé des animaux, de toute sorte de tout genre, seul l’homme, « le mâle » humain restait seul, alors le Créateur, dans sa miséricorde originelle, accorda au premier des êtres humains, une compagne ; une véritable moitié, une âme sœur, ou encore comme, ce fut le cas, dans les mythologies anciennes, et par « parthénogenèse », une fidèle « reproduction », extraite de « la chair de sa chair ».

                 a/ La femme, un prolongement de l’homme :

Si Adam est en quelque sorte, un prolongement et une « extension » de Dieu, la Femme, la néqéva, ou encore Al-’Unŧā, est quant à elle une parcelle de l’homme.

En effet, même si le récit sacerdotal, dit que Dieu a créé « l’être humain, mâle et femelle », sans donner plus de précision, le récit yahviste, nous décrit avec moult détails, « l’invention » de la Femme, et pas ex-nihilo, cette fois ; « L’Eternel- Dieu fit peser une torpeur sur l’homme qui s’endormit ; il prit une de ses côtes, et forma un tissu de chair à la place. »

« L’Eternel- Dieu organisa en une femme, la côte qu’il avait prise à l’homme, et la lui présenta ».

La bible par ailleurs, par le récit de la naissance d’Eve, tirée de la côte d’Adam, évoque le mythe de l’androgynie primordiale. C’était celle des grands dieux, c’était aussi celle des premiers hommes, que Zeus, pour les punir de leur arrogance, a décidé de les séparer.

Il est toutefois à noter que le texte coranique ne nomme jamais, la femme d’Adam, Eve, il la désigne toujours comme sa conjointe, ceci est aussi valable pour Abel et Caïn, désignés respectivement en arabe sous le nom de Qābīl et Hābīl, mais qui dans le Qur’ān, sont seulement, présentés comme les « Fils d’Ādam[51] ».

                 b/ Le Péché Originel ; les deux récits du Pentateuque et du Qur’ān :

Le péché est défini comme « une transgression consciente et volontaire de la loi de Dieu », et il « n’existe que dans le cadre des religions monothéistes, à la différence de la faute, il n’a pas de valeur exclusivement morale, mais comporte une part de mystère, et de transcendance ».

Qu’en est-il du péché originel, est-il l’œuvre d’Eve, qui seule a succombé à la tentation du fruit interdit, ou bien est il le fruit d’une propension à la transgression de la part du couple originel ?

Tous les tableaux représentant le péché originel ou presque, nous montrent Adam, assis ou debout, en tous les cas détaché, et Eve cueillant le fruit défendu d’un pommier, sur le tronc duquel parfois, un serpent est enroulé[52]. Mais voilà comment se présente la chose dans les deux textes révélés ; Dieu quand il avait formulé son interdiction : « Tous les arbres du jardin tu peux t’en nourrir, mais l’arbre de la science du bien et du mal, tu n’en mangeras point », il l’avait fait avant d’avoir créé « l’aide[53] » digne d’Adam.

Mais le tout est de savoir qui a été à l’origine de ce péché ; si la Genèse le décrit comme étant un serpent, mais pas tel qu’on se le représente aujourd’hui, car c’est seulement après avoir commis l’irrémédiable, que Dieu l’avait condamner à « se traîner sur le ventre et à se nourrir de poussière tous les jours de sa vie », le Qur’ān quant à lui l’assimile au šayţān ou Satan, être de « feu pur », qui est le seul être à avoir désobéi à Dieu en refusant de se prosterner devant Adam, suite à quoi, l’Eternel, avant qu’il n’y ait transgression, avertit ainsi l’homme ; « Ô Adam, Satan est ton pire ennemi, à toi et à ta femme, il te fera quitter le Paradis et tu en seras malheureux[54] ».

Et si dans la Bible, le serpent a commencé par tenter Eve, qui la première a mangé de l’Arbre de la connaissance, le Qur’ān, attribue la transgression première aussi bien à Eve, qu’Adam, d’ailleurs plusieurs versets le prouvent dont parmi ; « Et nous dîmes Adam, fais du Paradis une demeure pour toi et pour ton épouse, faites-en votre nourriture, seul les fruits de cet arbre vous sont défendus », « Mais Satan les tenta, et fut à l’origine de leur chute[55] »,ou encore « (…) Mais Satan les tenta, afin que leurs yeux se dessillent et qu’ils voient s’aperçoivent de leur nudité[56] », mais aussi « Ils en mangèrent, découvrirent qu’ils étaient nus et cherchèrent alors deux feuilles pour se couvrir, Adam fut un pécheur et un transgresseur[57] ».

Un autre mystère demeure c’est celui de cet arbre que le Qur’ān et la Tora, nomment tantôt, Arbre de Vie, tantôt Arbre de l’Eternité, ou tantôt encore l’Arbre de la Connaissance, était-il le seul moyen, qui pouvait permettre à l’homme d’être éternel et donc de ressembler à Dieu, son créateur, et si tel était sa « fonction », qui pouvait en manger ? Les Anges, les Djinns, Satan ?

Et si s’était uniquement l’Arbre de « la science du Bien et du Mal », cela voulait-il dire que l’homme, lorsqu’il avait commis son premier péché, n’était pas conscient de sa faute, et qu’il n’en portait donc pas la responsabilité ? Et si telle est la réponse, pourquoi condamner l’homme à la chute, la chute continuelle ? Pourquoi condamner Adam et Eve à mourir ?

               

Publié dans philosphiquement autre

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