La Création entre Etilogie et Eschatologie, de la Torah au Coran (VI)

Publié le par houda zekri

    a/ La dernière demeure :

La mort est l’instant où l’organisme passe de la vie au trépas. « Cet état exprimé dans la proposition simple « il est mort » induit l’idée d’un lieu de résidence, celle d’une survie, d’un au- de là [66]».Chez certains mystiques musulmans, il y a ce que nous pouvons appeler « la mort mineure » assimilée à l’extase et à la vision, et « la mort majeure » assimilée à la levée définitive de l’âme vers son ciel.

     Cela voudrait donc dire que seul le corps périt, l’âme quant à elle, reste bien vivante, en attendant le jugement dernier. La mort est en conséquence, une étape intermédiaire entre la « vie d’Ici bas » et « la vie éternelle ». C’est ce qui donne naissance à l’Eschatologie (aħérīt ha-yamīm dans le Judaïsme), ou à la « Doctrine des fins dernières », liée à la venue du Messie et à la Résurrection des morts.

     La mort est en effet, suivie de la Résurrection des corps, qui se lèveront pour comparaître devant Dieu au jour du jugement dernier, et chacun, selon son comportement recevra ou le châtiment, ou la récompense éternelle.

Le châtiment est personnifié par la Géhenne ou Shéol, quant à la récompense, elle est symbolisée par le Paradis.

La notion de Géhenne est beaucoup plus ambiguë que celle du Paradis, car elle est assimilée à une sorte de Purgatoire dans le Judaïsme. « Tous les défunts, qu’ils aient été justes ou pécheurs, y descendent douze mois au plus, pou y expier leurs fautes dans un fleuve de feu. » Le Šé’Ōl est d’ailleurs rarement mentionné dans la Tora. Le châtiment est plus terrestre, quand la colère de Dieu s’abat sur la terre, pour l’anéantir, comme ce fut le cas pour Sodome et Gomorrhe ou pour le Déluge.

Al-Jaĥīm ou Jahannam est une notion primordiale du Qur’ān, elle constitue le séjour éternel de ceux qui n’ont pas voulu croire en Dieu, de ceux qui n’ont pas suivi ses commandements, elle est le châtiment perpétuel des pécheurs. Le Firdaws, ou Pardes (du latin paradisus, du grec pardeïsos, d’un mot provenant de l’ancien persan, signifiant l’enclos où les rois de Perse gardaient les animaux sauvages et les plantes rares. C’était un lieu de plaisir protégé), est réellement l’apanage du Qur’ān, et il est la récompense suprême et perpétuelle des Justes, de ceux qui ont su suivre à la lettre les commandements de dieu. Dans ce lieu « mythique et fantastique », presque toutes les interdictions sont levées. Les hommes doivent juste s’armer de patience pour goûter à la délectation finale.

Conclusion :

Le récit de la Création est finalement le seule remède que l’Homme ait trouvé pour calmer ses angoisses de mortel, la Création oeuvre divine et instantanée suscitée par Le Verbe, permet de préserver l’espoir d’une résurrection possible, et l’humanité entière devient un potentiel Jésus-Christ , car elle peut enfin affirmer que sa présence sur cette terre n’est pas un acte fortuit, mais un examen, une sorte d’épreuve titanesque pour pouvoir bénéficier d’une récompense, bref « Le Commencement » est un gage contre la mort qui perd son sens, puisque Le Créateur crée pour l’Eternité.

Mais aujourd’hui, dans ce monde de désenchantement, La Bible, l’Evangile, Le Qur’ān, -pour ne citer que les plus connus- suffisent-ils à calmer l’épouvante du Vide, dans lequel nous vivons éternellement, ce Tohu-bohu chaotique qui ne cesse de nous dévorer, et une question s’impose, La Science peut-elle remplacer les mythes ?



[1] Quant aux voyelles longues, elles seront respectivement transcrites par : ā pour [a], ī pour [i] et ū pour [u]

[2] Surāt (85) Al- Burūj (Les Constellations), verset (22) : « [Un coran] préservé sur une Tablette auprès d’Allāh »

[3] En effet, le substantif est maintes fois utilisé au pluriel, dans le coran, et il signifie plutôt « jardin luxuriant »

[4] Jaques LACARRIERE, Au cœur des mythologies, ed : Folio, p20-21

[5] Pentateuque, Genèse (Bé-Réšīt), in chapitre premier, in deuxième verset « Or la terre n’était que tohu-bohu ». Il est à noter que l’usage de cette expression est rentré dans la langue française

[6] Au Cœur des mythologies, En suivant les dieux, Jacques LACARRIERE, ed Folio, p40

[7] L’Apsū mésopotamien est l’équivalent du Nūn égyptien, fleuve originel et primordial, source de toute vie, et qui s’unit à une créature qu’il engendre lui-même par autogenèse, pour enfanter les autres dieus, les autres mondes.

[8] Au Cœur des mythologies, En suivant les dieux, Jacques LACARRIERE, ed Folio, p40

[9] Pentateuque, Genèse (Bé-Réšīt), in troisième chapitre, in verset 19

[10] En sumérien, signifie « Roi furieux ».

[11] Déesse de second rang, patronne des « bovidés sauvages » (buffles).

 

[12] Hésiode, La Théogonie

[13] Jacques LACARRIERE, Au cœur des Mythologies, En suivant les dieux, ed Folio, p63

[14] D’après Christian GODIN, in Dictionnaire de philosophie, fayard, ed du Temps, novembre 2004

[15] Les commentateurs du coran quant à eux, supposent qu’il ne s’agit pas là réellement de six jours, mais qu’il s’agirait d’une autre mesure temporelle, en gros, l’homme ne peut prétendre savoir, à quoi correspondent réellement ces six jours.

[16] Correspond au tétragramme hébraïque יהוה

[17] Nom dérivé de « El », qui signifie Dieu, et qu’on retrouve déjà à l’époque antéislamique, il apparaît sous d’autres formes comme Al-lāt, Ilāh, ou encore Lāhūt

[18]  Jacques LACARRIERE, Au cœur des Mythologies, En suivant les dieux, ed Folio, p65

 

[19] Répudiant le syncrétisme de la religion officielle, Akhnaton, il engagea l’Egypte dans la voie du monothéisme, affirmant la bonté providentielle du Soleil qui chaque matin fait renaître la vie.

[20] Aussi bien l’hébreu, que l’arabe, emploient exclusivement le mot cieux, au pluriel : שמימ, ﺍﻠﺴﻤﺍﻭاﺖ, le mot terre, est quant à lui presque exclusivement employé au singulier : ארץ, اﻠأرض

[21] Vient de la racine hébraïque r. ĥ.v, qui signifie large, spacieux, immense, étendu

[22] Le substantif est au pluriel féminin, vient de המָה, qui signifie bête, aujourd’hui, quand le substantif est employé au pluriel, il signifie hippopotame.

[23] Comme Mardūk, qui n’avait pour lutter contre Kingū, envoyée par Tiamāt, que la force de son intelligence

[24] Voir aussi le psaume LXXIV, où Yahvé brise le crâne de Léviathan, comme Mardūk a fendu celui de Tiamāt

[25] Jacques LACARRIERE, Au cœur des Mythologies, collection Folio, 2003, p 71

[26] Sourate 55, Le Miséricordieux (Ar-ra ĥmān), verset 15,

[27] La femme de Noé se transforma en statue de sel dans La Bible, parce qu’elle s’est retournée, le Qur’ān, quant à lui la sauve, ainsi que tous les membres de sa famille.

[28] La deuxième voyelle devient longue à cause de l’accent tonique en hébreu)

[29] Pentateuque, La Genèse (Bé-Réšī t), in deuxième chapitre, in verset 23

 

[30] Jacques LACARRIERE, Au cœur des Mythologies, collection Folio, 2003, p70-71

[31] Idem

[32] " אלה תוֹלוֹת הַשּמַיִם וְהָאָרֶץ בּ בּרְאָם בּיוֹם עֲשוֹת יְהֺוָה אֱלֺהִים אֶרֶץ וְשָמָיִם"

 

[33] וַימֶר

[34] D’ailleurs Dieu, dans le Qur’ān, a appris tous les noms des êtres qui existent à Adam, comme si apprivoiser une créature consistait d’abord, à la nommer.

[35] וַיִקְרָא

[36] Voir Genèse, chapitre premier, verset 22 et 28

[37] יָצַר

[38] בָרָא

[39] D’ailleurs, quand dieu avait intimé à ’Iblīs de se prosterner devant ’Ādam, ce dernier avait refusé, prétextant qu’il ne pouvait se prosterner, devant un être qui lui est inférieur, qui avait été créé de glaise, alors que lui était constitué de feu pur.

[40] Jacques LACARRIERE, Au cœur des Mythologies, collection Folio, 2003, p74

[41] Idem

[42] Al-‘aŗš

[43] [43] Jacques LACARRIERE, Au cœur des Mythologies, collection Folio, 2003, p74

[44] Idem

[45] Ibidem

[46] Traduction de Houda ZEKRI

[47] Suwar est le pluriel de Sūra, Al- Qur’ān en contient 114.

[48] Sūrat Al-’A‘rāf VII (n’a pas d’équivalent en français, il s’agit d’un endroit surélevé entre le Paradis et l’Enfer, sur lequel vont se trouver les gens, qui auront une vue sur les deux), verset 54

[49] Sūrat Hūd XI, verset 7

[50] Sūrat Fuśśilat, XXXXI, Les Verstes détaillés

[51] Sūrat Al-Mā’ida, V, du verset 29, au verset 31

[52] Il suffirait de voir Adam et Eve de Albercht Dürer (1507 Madrid), Le Péché Originel de Michel Coxie (1499-1592), La Bible illustrée de Charles Le Chauve, Histoire d’Adam et Eve, l’Arbre de la Vie, dans une bible française du XIIIe s et les exemples sont multiples

[53] Eve, voir Pentateuque, in Genèse, second chapitre, verset 18

[54] Sūrat ţah, XX, verset 116

[55] Sūrat Al-Baqara, (La vache), II, verset 35 et 36

[56] Sūrat Al-’A‘rāf, op., cité, verset 20

[57]  Sūrat ţah, op. cité, verset 121

[58] Pélage est un moine irlandais (360-422)

[59]Textes et documents pour la classe, Les récits de la Création, Des histoires pour lire le monde, Centre National de Documentation Pédagogique

[60] Turāb

[61] Tīnin lāzibin

[62] Śalśāl

[63] Faħħār

[64] Ĥama’ : De l’argile devenue noire à force d’avoir séjourné dans l’eau

[65] Voir sūrat XXII, le Pèlerinage, verset 5

[66] Christian GODIN, Dictionnaire de philosophie, Fayard 2004, éditions du Temps.

 

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