L'Exil; hydromel amer

Publié le par houda zekri

L’Exil,  hydromel amer

« Le retour, en grec, se dit nostos. Algos signifie souffrance. La nostalgie est donc la souffrance causée par le désir inassouvi de retourner [1]», et tous les exilés rêvent de retour, de retrouvailles, de larmes chaudes sur les joues d’une mère trop vieillie et qu’on pas vu vieillir, d’accolades, d’embrassades, et de fièvre ; celle des premiers jours…

L’exil peut-il être un choix ? Sûrement, à son début, quand on croit avoir choisi, quand on croit s’éloigner de la misère, du despotisme, du matraquage, de l’unilatéralité, quand on croit pouvoir s’abreuver à la source du savoir, côtoyer les grands ; Les voltaire et Compagnie… Mais l’exil est forcé, quand la nostalgie nous prend à la gorge, quand la décrépitude survient avant l’heure, l’exil devient bannissement, l’exil assassine l’eldorado et ravive les chimères…

Et l’exil devient vie, toute une vie, on croit partir pour quelques années, on promet aux autres, « ceux qui sont restés dans le pays »de revenir, on écrit des lettres, on envoie des cartes, puis on se contente de téléphoner de temps à autre, quand la bourse le permet…

L’exil des sans-papiers est plus escarpé, il réduit les hommes à de simples bêtes, à des corps, qui triment jours et nuit pour aider leurs proches. L’exil des « brûleurs » comme on les appelle dans les pays du Maghreb, les fait vivre dans la peur, dans la hantise ; celle de tomber malade, celle de se faire contrôler par la police, celle de ne pas être payés par des patrons peu scrupuleux…

Mais l’exil se décline sous d’autres formes ; l’exil est une maladie incurable, à laquelle on s’habitue inexorablement, on prend ses dispositions, on s’arrange, et le retour devient pénible, car il rompt l’habitude, les petites manies qu’a pu se forgées, une femme de soixante ans pour lutter contre la solitude après la mort de son mari, qui en procédant au regroupement familial, l’a définitivement éloignée de sa terre natale, eh oui ! l’exil est une addiction

L’exil est une brisure définitive qui nous empêche de renouer des liens solides avec le pays que l’on a quitté et celui dans lequel on vit, on devient alors un pantin, qui se balance entre une frontière imaginaire et une autre bien réelle, un exilé de la vie, un assoiffé qui jamais n’étanchera pleinement sa soif.

 

ZEKRI Houda

Le 27 avril 06



[1] Milan Kundera, L’Ignorance, ed Gallimard, 2003, collection Folio, p9

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