Quand l’appren –tissage d’une Etrangère en Terre de France devient « Toile de Pénélope »

Publié le par houda zekri

Quand l’appren –tissage d’une Etrangère en Terre de France devient « Toile de Pénélope »

 

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Ulysse s’éveillait de son premier sommeil sur la terre natale, mais sans la reconnaître après la longue absence […]

Quel est donc ce pays ? Hélas, chez quels mortels suis-je en fin revenu ? […] Est-il bien vrai, dis-moi, que c’est là ma patrie ?

o         Odyssée,

                       Chant XIII

 

 

 

 


tre étudiante en France, c’est une chose, mais être étudiante étrangère et non Européenne (n’appartenant pas à La U.E), c’en est une autre. En effet, quand vous faites partie de la gent féminine et quand vous êtes issue d’un pays arabo-musulman et qu’en plus, vous décidez de poursuivre un cursus universitaire à l’Etranger, vous faites l’objet d’une double suspicion ; celle étouffante et calcinante de la part de vos proches qui ne sont pas forcément d’accord pour envoyer une fille toute seule vivre loin du « Big Brother »inquisiteur, et celle dévorante de préjugés et brûlante de stéréotypes de la part de citoyens Français honnêtes gavés d’Orientalisme( la femme Odalisque, sachant que le mot turque oda signifie chambre), de visions colonialistes et de reportages et d’images terrifiantes pour faire monter l’audimat et frapper les esprits les plus plébéiens…

Alors que faire quand vous êtes traquées de toutes parts , quand vous êtes sommées de réussir, quelque soient les entraves ou les embûches qui sèment votre parcours escarpé ?? Et bien, vous rentrez dans une logique de compétition, où l’échec n’a pas droit de cité, mais l’échec vous guette, vous épie à chaque instant, il cherche à s’infiltrer par les interstices de votre quotidien estudiantin boueux et commence alors le parcours du combattant, et votre scolarité ; telle une toile de Pénélope, ne cesse de se défaire, « une main invisible »détruit ce que vous avez tissé la veille avec tant d’acharnement.

            est dans ce contexte que je me permets de vous livrer mon propre témoignage, vous livrant ainsi un peu de moi-même et de mon vécu, qui est malheureusement le lot de plusieurs étudiantes étrangères, qui s’exilent dans l’espoir d’un avenir meilleur et qui se retrouvent en fin de compte déchirées entre une patrie qu’elles ne reconnaissent plus et qu’elles ne supportent plus, tellement elle leur est hostile, et entre une terre d’accueil qui ne les a jamais reconnues et qui les supporte à peine comme un fardeau, menaçant à tout moment de les éjecter ailleurs, là où elle n’aura pas à les regarder.

 

Un conte de fées qui va en s’étiolant

        rrivée par un après-midi morose et gris à Paris- cela annonce la couleur-je ne pus m’empêcher de frissonner à la vue de mon studio, dont la mission universitaire tunisienne nous a vantées le confort et l’aménagement, mais la première nuit j’ai dormi avec mon manteau, il n’y avait pas de couvertures, mais je ne savais pas encore que j’avais eu beaucoup de chance, puisque dès mon arrivée en France , je disposais d’un studio de 18m² et d’une bourse et d’une carte d’étudiante délivrée en mains propres par le directeur de la mission.

            ais la descente aux enfers ne tarda pas à avoir lieu, en effet la mission universitaire,avait décidé de nous prendre la moitié de la bourse, pour payer le loyer des cinq étudiantes tunisiennes, ce qui a obligé certaines à trouver du travail, ce qui n’était pas une mince affaire pour des personnes qui ne connaissaient pas la loi de l’Etat où elles résidaient et qui avaient peur de perdre leurs bourses, leurs résultats devant toujours être parmi les meilleurs, sans oublier bien sûr les recommandations de notre mission à l’égard du régisseur de ma résidence universitaire, jouant ainsi le rôle du parfait délateur et contrôlant nos plus petits faits et gestes.

            usqu’au jour où,je tombe malade, en effet ayant subi une opération chirurgicale du pied droit, m’obligeant à garder le lit presque durant un mois, et ayant entrepris la même année un autre cursus, en plus de celui pour lequel j’étais boursière, chose qui a déplu  au directeur de la mission, qui en dépit de mes très bons résultats jusque là et des différentes lettres de recommandation dispensées par mes professeurs certifiant ma qualité de « bonne » étudiante, a décidé illico presto de me retirer la bourse, pour cause de mauvais résultats, alors que j’avais encore droit à 80%de cette fameuse manne financière, et m’a par la même, sommée de quitter le logement que j’occupais, dont il n’acceptait plus d’en être le garant.

            t voici que se déverse sur moi la boite de Pandore ;mon bailleur menace de me mettre à la rue faute de garant,commencent alors pour moi une série de péripéties sans fin, et une pression sans précédent, personne n’acceptait de me loger, et la demande que j’ai faite au C.R.O.U.S de Paris n’a pas eu de suite favorable, la commission prétextant le fait que je ne possédais pas la nationalité française, et que le foyer fiscal auquel j’étais rattachée, n’était pas situé en France depuis au moins deux ans. Alors que faire ? Plier bagages et retourner au pays après un échec cuisant et un sentiment d’injustice suffocant, non, j’ai décidé d’avoir recours au L.O.C.A.P.A.S, organisme qui n’apportait son soutien qu’aux jeunes travailleurs, sous réserve, bien sûr d’acceptation du dossier, et heureusement que l’étudiante que je suis a pu dénicher un travail d’interprète(il ne s’agissait là que de missions de traduction, que j’effectuais de temps en temps, selon le bon vouloir du traducteur assermenté -mon compatriote dont je dépendais et qui a par ailleurs cessé de faire appel à mes services dès l’instant où je n’ai pas voulu céder à ces avances. Je n’avais par ailleurs aucun contrat de travail), la démarche à fonctionné, mais le plus dur restait à faire, comment en effet pourrais-je renouveler mon titre de séjour sans être boursière ?

 

 

Sisyphe fait femme

 

        e voilà en file indienne avec une pléthore d’étrangers, à la préfecture de Nanterre, celle des « non nantis »,des étrangers par familles entières, avec des enfants qui pleurent, des nerfs à fleur de peau, des étudiants apeurés et cachant mal leur désarroi, la file se rallonge de plus en plus, arrive enfin mon tour, quel soulagement, quelle inquiétude, face à ce petit employé très féru de bureaucratie, qui vous regarde de haut,vous délivre un rendez-vous et qui vous informe que l’attente est longue, et qu’il faudra patienter au moins trois mois pour vous présenter devant le guichet/potence, dont le bourreau décidera d’une manière très arbitraire, ou de vous « guillotiner » sur le champ, ou de vous laisser un sursis à peine valable un an et qui parfois se voit réduit comme une peau de chagrin, et bien sûr en attendant ce fameux rendez-vous, vous ne disposez que d’un simple papier portant le cachet de la préfecture, et mentionnant la date fatidique…

            Emme/Sisyphe, débrouille-toi maintenant, pour payer l’intégralité de ton loyer, puisque tu ne bénéficies pas de tes A.P.L (Aide Personnalisée au Logement), mais arrête-toi un instant au bord du précipice, laisse dégringoler ton fardeau, juste le temps de remémorer les paroles d’une employée de la préfecture, qui a cru vos soulager en vous disant « Vous n’avez pas une tête à vous faire arrêter » !!

Incroyable, mais vrai ; ceux et surtout celles que la nature a nanti d’un physique avantageux, n’ont rein à craindre, les gentils contrôleurs de papiers ne les frôleront même pas du regard, c’est ce que l’on appelle fièrement « la sélection préfectorale ».

            Emme/Sisyphe, essaye de trouver un travail maintenant, munie de ton papier de pacotille, va à la Direction Départementale du Travail, pour essayer de décrocher une autorisation de travail, essaye même, si ça te dit d’avoir un abonnement téléphonique, ou bien tente même d’acheter un ordinateur sur deux ou trois fois, la réponse sera toujours négative…

 

L’Amnésie Estudiantine

 

        nlisée dans la vase bureaucratique, l’étudiante tunisienne, comme ses semblables ; femmes, Maghrébines et « Musulmanes »ou Africaines, Chrétiennes ou autres, est frappée d’amnésie, elle en oublie le but de son exil, pataugeant dans la mare de ses soucis quotidiens, elle sombre dans l’Assistanat, ravalant sa fierté, elle ne cesse d’adresser des courriers aux élus de sa commune, sollicitant des aides financières de la part du Conseil Général, multipliant les rendez-vous avec des assistantes sociales épuisées et parfois racistes et allant jusqu’ à demander des aides alimentaires… Et vive l’Etat Providence !!!

            Les neurones sont dévorés, la tête est vidée de sa substance, et l’étudiante est au bout du rouleau, elle s’éparpille, collectionnant les ambitions avortées et sombrant dans la dépression, la pression de la famille se resserre la mère, tacitement vous fait part de ses inquiétudes maritales à votre égard, commence à envisager un prompt retour au pays natal, le père qui vous propose de venir travailler chez vous, les parents vont jusqu’à vous envoyer des lettres assassines pleines de reproches, et même parfois jusqu’à venir chez vous pour vous persuader que vous avez fait le mauvais choix, commencent alors les querelles intestines, qui ne disent pas leurs noms, vous n’envisagez plus de passer vos vacances dans ce coin de paradis, que vous adorez, même quand vous disposez de la somme nécessaire pour effectuer ce voyage…

            Et vous revoilà, courant dans tous les sens, sollicitant l’aide des amis pour vous faire une prise en charge, ou vous donner un chèque pour payer votre facture d’électricité, parce que vous êtes interdite bancaire, demandant l’attribution d’un Fond Social Universitaire plusieurs fois refusé par la commission du C.R.O.U.S, qui omet bien sûr de motiver son refus,ou de vous indiquer vos voies de recours, mais ne vous inquiétez pas une petite assistante sociale se fera le plaisir de s’en charger « vous n’avez pas beaucoup de frères et sœurs » dit-elle, eh, oui il faut avoir toute une marmaille derrière soi pour bénéficier d’une aide financière indispensable au bon déroulement de votre cursus.

            Sans oublier vos demandes d’exonération de frais d’inscription, vos demandes de prêt d’honneur toujours refusées, sous prétexte, que vous ne disposez pas de certificat de nationalité française. Mais vos êtes toujours là, tel un Prométhée immuable, enchaîné au moment du Caucase et dont les vautours ne cessent de dévorer le foi, vous continuez à vivoter, à survivre, rêvant d’un avenir professionnel prometteur, qui tarde à se réaliser, et préparant des concours que vous ne pourrez jamais passer faute d’argent (Pour passer le concours d’entrée à L’Institut Supérieur de L’Interprétariat et de La Traduction, vous êtes obligés de débourser 150). Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, vous continuez à espérer, vous préparez vos entretiens d’embauche, vos écrives des lettres d’embauche, vous tapez vos curriculum vitae, vous passez vos examens de deuxième session, mais personne n’ose vous embaucher, vous êtes étrangère, vous nuisez à l’image de la société (lors d’un entretien d’embauche avec Numéricable, l’employeur m’a dit de prendre le nom d’une Salariée Française :Nathalie Arnaud !), vous avez un statut d’étudiant et vous ne pouvez effectuer que 17 heures de travail par semaine, vous êtes obligées à chaque fois de fournir une autorisation de travail, alors débrouillez-vous ou retournez à « Ithaque », mais Pénélope ne saura pas vous attendre…

            Femme/sujet de seconde zone, que faire, s’embourber dans le cercle vicieux de l’échec, accepter d’être l’ « assignée à résidence »de la République ou chercher à contracter un mariage blanc, reléguant aux oubliettes ses convictions et ses principes, ou bien encore forcer le destin pour entretenir une relation durable avec un national et par la même couper les liens avec sa famille qui n’accepte pas que son rejeton épouse un non musulman ?

Voici venu le temps du dilemme, opter pour telle ou telle solution, est devenu difficile, et l’Etre humain que vous êtes se désagrège, rêve d’une petite vie tranquille, d’un peu de confort et de stabilité et enterre à jamais ses idéaux et sa belle utopie, et vive La France, La France de la Triple devise ; Fraternité/Egalité /Liberté!!!

 


ZEKRI Houda          

Le 14 sept. 05                       

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